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Climat & Énergie

Nucléaire : que défendent les partis belges en 2026 ?

Comparatif neutre des positions des partis belges sur le nucléaire en 2026 : abrogation de la loi de sortie, prolongation de Doel 4 et Tihange 3, objectif de 8 GW, rachat du parc d'Engie par l'État. Qui a voté quoi, pour et contre, sources publiques.

ParCamille11 min de lecture

Où en est vraiment le nucléaire belge en 2026 ?

La Belgique n'est plus tenue de sortir du nucléaire. Le 15 mai 2025, la Chambre a abrogé à une large majorité la loi du 31 janvier 2003, qui programmait la fermeture progressive des réacteurs et interdisait toute nouvelle construction. Deux décennies de politique de sortie s'achèvent ainsi par un vote.

Sur le terrain, la situation est plus modeste que le symbole. Deux réacteurs produisent encore : Doel 4 et Tihange 3, dont l'exploitation a été prolongée de dix ans jusqu'en 2035 dans le cadre d'un accord négocié en 2022 avec Engie et encadré par l'Agence fédérale de contrôle nucléaire. Les autres unités sont à l'arrêt, et Tihange 1 approche de la phase de non-retour de son démantèlement — une fois franchie, la remise en service devient techniquement illusoire.

L'abrogation lève un verrou juridique ; elle ne construit rien. Aucun réacteur neuf n'est en chantier, aucun site n'est arrêté, aucun financement n'est bouclé. C'est précisément cet écart entre l'annonce et le béton qui structure le débat de 2026 : la question n'est plus « faut-il sortir du nucléaire ? », mais « qui prend le risque industriel et financier d'y revenir ? ».

Comment lire les positions des partis sans prendre parti ?

Chaque parti reçoit ici un signe, pas une note : un + vert quand il défend clairement l'approche, un ~ ambre pour une position intermédiaire ou conditionnelle, un − rouge quand il s'y oppose. Ce système remplace volontairement les étoiles ou les notes sur 5, qui laisseraient entendre un classement moral.

Deux colonnes, deux questions distinctes. La première porte sur la prolongation des réacteurs existants — un sujet où le consensus s'est largement élargi, y compris à gauche. La seconde porte sur la construction de nouvelles capacités et l'engagement d'argent public dans le rachat du parc : là, les lignes se durcissent. Un parti peut accepter de prolonger sans vouloir construire, et l'inverse n'existe quasiment pas.

Illustration neutre du débat sur le nucléaire belge : une balance abstraite mettant en regard une tour de refroidissement stylisée et le coût public du rachat, du démantèlement et des déchets
Le débat de 2026 s'est déplacé : moins « pour ou contre l'atome » que « qui paie, et sur combien de décennies ».
PartiProlonger les réacteurs existantsConstruire de nouvelles capacités (objectif 8 GW)
MR++
N-VA++
CD&V++
Vlaams Belang++
Les Engagés++
Open VLD++
Vooruit+~
PS~
PTB·PVDA~
Ecolo
Groen

Ce tableau n'est pas un palmarès : un + n'y vaut pas « mieux », il indique une direction. Le vote du 15 mai 2025 le confirme — le MR, la N-VA, le CD&V, Vooruit et le Vlaams Belang ont voté l'abrogation, Ecolo et Groen ont voté contre, tandis que le PS et le PTB·PVDA se sont abstenus. L'abstention n'est pas un détail : elle traduit une gauche qui n'entend plus fermer par principe, mais refuse le chèque en blanc.

Que veut concrètement le gouvernement Arizona avec les 8 GW ?

La coalition Arizona — N-VA, MR, Vooruit, CD&V et Les Engagés — vise 8 gigawatts de capacité nucléaire, contre environ 2 GW aujourd'hui. Le chemin annoncé combine deux briques : environ 2 GW de prolongations supplémentaires sur des réacteurs existants, et 4 GW de nouvelles capacités, réacteurs classiques ou petits réacteurs modulaires.

Le ministre de l'Énergie, Mathieu Bihet (MR), a précisé devant le Parlement qu'il négociait avec Engie la remise en service de certaines unités déjà arrêtées, tout en gardant « toutes les options ouvertes, y compris l'entrée d'autres opérateurs nucléaires ». En juillet 2026, onze millions d'euros ont été alloués à des projets de la filière : SMR, fusion, matériaux avancés, robotique, infrastructures de recherche. C'est un signal, pas un programme de construction.

L'ordre de grandeur mérite d'être posé. Passer de 2 à 8 GW, c'est quadrupler une capacité qu'on a mis quinze ans à démanteler politiquement, dans un pays qui n'a pas construit de réacteur depuis les années 1980 et où la filière industrielle s'est largement dispersée. Les partisans y voient un rattrapage nécessaire ; leurs contradicteurs, un objectif dont ni le calendrier ni la facture ne sont documentés.

Pourquoi le rachat du parc à Engie divise-t-il autant ?

Parce qu'il transfère un risque privé vers le budget public. Engie refuse de prolonger d'autres réacteurs que Doel 4 et Tihange 3 : sans opérateur volontaire, l'objectif de 8 GW reste une intention. D'où la bascule stratégique annoncée le 30 avril 2026 — une lettre d'intention entre l'État et Electrabel ouvrant des négociations exclusives sur le rachat de l'ensemble des activités nucléaires du groupe en Belgique, avec un protocole d'accord visé pour octobre 2026.

Le périmètre est vaste : les sept réacteurs, leur exploitation, le personnel, les filiales, la maintenance — mais aussi les passifs. Autrement dit, l'obligation de démanteler et de gérer les déchets pendant des décennies. Environ 25 milliards d'euros sont consignés dans les fonds Synatom et Hedera pour y faire face, et un contentieux de plus de 2 milliards oppose toujours l'État à Engie sur le niveau de ces provisions. Ce chiffre-là n'est pas une abstraction comptable : s'il est sous-évalué, la différence retombe sur le contribuable.

Les lectures s'opposent frontalement. Bart De Wever défend « un investissement qui rapporte », arguant que l'État récupérerait les revenus d'un parc amorti plutôt que de les laisser à un actionnaire étranger. Mathieu Bihet promet de ne pas « acheter un chat dans un sac » et dit pouvoir « faire marche arrière ». À l'inverse, des voix de tous bords — écologistes, mais aussi François De Smet (DéFI), qui salue le principe tout en pointant des « zones d'ombre abyssales pour le contribuable » — réclament des garanties chiffrées avant signature. Le désaccord ne porte pas sur l'atome : il porte sur le prix.

Que reprochent Ecolo et Groen à cette relance ?

Les écologistes contestent moins la physique que la promesse. Samuel Cogolati, coprésident d'Ecolo, a qualifié l'abrogation de « opération de communication qui ne changera strictement rien » : lever l'interdiction ne fait pas apparaître de réacteur, et le temps de construction d'une nouvelle centrale — dix à quinze ans dans les meilleurs cas européens récents — la rend inutile pour les objectifs climatiques de 2030.

Leur argumentaire empile trois griefs. Le coût d'abord : chaque euro public engagé dans le nucléaire n'est pas engagé dans l'éolien, le solaire, les réseaux ou l'isolation, qui produisent plus vite par euro investi. Les déchets ensuite : aucune solution de stockage définitif n'est opérationnelle en Belgique, et l'abrogation de 2003 ne règle pas ce point. La dépendance enfin : l'uranium s'importe, et la sûreté d'un parc vieillissant a un prix récurrent.

Le contre-argument existe et mérite d'être entendu. Le nucléaire fournit une électricité pilotable et très bas carbone, disponible quand il n'y a ni vent ni soleil, ce que les renouvelables seuls ne garantissent pas sans stockage massif ni centrales au gaz de secours — lesquelles émettent du CO₂. C'est ce dilemme, et non un simple affrontement idéologique, que les deux camps résolvent différemment.

Pourquoi le PS et le PTB se sont-ils abstenus plutôt que voté contre ?

Parce que leur électorat regarde d'abord la facture d'électricité. Le PTB·PVDA soutient la prolongation des réacteurs actuels, à condition que la sûreté soit garantie et que la prolongation se traduise par une baisse des prix pour les ménages — sa critique porte sur les profits d'Engie, pas sur le réacteur lui-même. Il défend en parallèle un investissement massif dans le renouvelable et un pôle public de l'énergie.

Le PS a suivi une trajectoire comparable : longtemps arrimé au calendrier de sortie, il a fini par distinguer la prolongation (acceptable si elle sécurise l'approvisionnement et les prix) de la construction de réacteurs neufs (jugée coûteuse et lente). L'abstention traduit exactement cet entre-deux : ne pas voter un texte de la droite, ne pas se réenfermer dans une promesse de fermeture devenue difficile à tenir.

Ce déplacement est l'un des faits marquants de la législature. En 2003, la sortie du nucléaire faisait consensus à gauche ; en 2026, seuls Ecolo et Groen la défendent encore comme telle. Le clivage s'est déplacé du principe vers le portefeuille : combien, pour qui, et à quel horizon.

Ce que ce comparatif ne tranche pas

Il ne dit pas si le pari sera tenu. Un objectif de 8 GW annoncé en 2026 dépend d'un accord avec Engie ou un autre opérateur, d'un financement public dont le montant n'est pas connu, d'autorisations de sûreté, et d'une filière industrielle à reconstituer. Aucun parti ne maîtrise seul ces variables, et les annonces politiques ont, en matière nucléaire, une longue histoire de glissements de calendrier — dans les deux sens.

Il n'intègre pas non plus votre situation. Selon que vous regardez votre facture des cinq prochaines années, l'empreinte carbone du pays en 2050, la dette publique, ou la sécurité d'approvisionnement un soir d'hiver sans vent, la même mesure change de couleur. Le réflexe utile n'est pas de désigner un camp gagnant, mais de relier chaque position au levier qu'elle actionne — électricité pilotable et bas carbone d'un côté, engagement financier de long terme et déchets de l'autre.

Comment vérifier ces positions par vous-même ?

Les sources sont publiques. Le vote du 15 mai 2025 est consultable sur le site de la Chambre ; l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) documente l'exploitation à long terme de Doel 4 et Tihange 3 ; l'accord de gouvernement fédéral fixe la trajectoire énergétique de la coalition ; la RTBF, VRT NWS, Le Soir et La Libre ont suivi pas à pas le dossier du rachat à Engie et ses zones d'ombre. Les programmes 2024 de chaque parti donnent le cap affiché avant les compromis.

Pour aller plus vite, le comparateur met deux partis côte à côte sur le climat et l'énergie, le classement résume les positions thématique par thématique, et le quiz part de vos priorités plutôt que d'un programme. Notre comparatif climat & énergie des partis replace le nucléaire dans le débat plus large sur la transition. La méthodologie explique comment ces positions sont collectées, et reste ouverte à la contestation.

Comparateur Climat & Énergie

Comparez les positions des partis sur climat & énergie.

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Questions fréquentes

Non. La loi du 31 janvier 2003, qui programmait la fermeture progressive des réacteurs et interdisait toute nouvelle construction, a été abrogée par la Chambre le 15 mai 2025. Rien n'oblige plus à fermer les réacteurs à une date fixe, et de nouvelles centrales redeviennent juridiquement possibles. L'abrogation ne construit toutefois rien par elle-même : elle lève un verrou, elle ne finance ni ne planifie de réacteur.

Le MR, la N-VA, le CD&V, Vooruit et le Vlaams Belang ont voté pour. Ecolo et Groen ont voté contre. Le PS et le PTB·PVDA se sont abstenus. La ligne de fracture ne recoupe donc pas exactement la frontière majorité/opposition : le Vlaams Belang, dans l'opposition, a soutenu le texte, tandis que la gauche s'est partagée entre opposition frontale et abstention.

Doel 4 et Tihange 3 ont vu leur exploitation prolongée de dix ans, jusqu'en 2035, dans le cadre d'un accord négocié en 2022 avec Engie et validé par l'Agence fédérale de contrôle nucléaire. Les autres unités ont été arrêtées, et Tihange 1 approche de la phase de non-retour de son démantèlement. Le gouvernement dit vouloir « rallumer » autant de réacteurs que possible, mais aucune remise en service n'est acquise à ce stade.

C'est la cible affichée par la coalition N-VA, MR, Vooruit, CD&V et Les Engagés : porter la capacité nucléaire belge à 8 gigawatts, contre environ 2 GW aujourd'hui. Le calcul combine environ 2 GW de prolongations supplémentaires (réacteurs existants) et 4 GW de nouvelles capacités, réacteurs classiques ou petits réacteurs modulaires (SMR). C'est une ambition politique, pas un chantier lancé : ni le financement, ni l'opérateur, ni les sites ne sont arrêtés.

Parce qu'Engie refuse de prolonger d'autres réacteurs que Doel 4 et Tihange 3. Sans opérateur volontaire, l'objectif de 8 GW reste théorique. Le 30 avril 2026, l'État et Electrabel ont signé une lettre d'intention ouvrant des négociations exclusives sur le rachat de l'ensemble des activités nucléaires : les sept réacteurs, le personnel, la maintenance, mais aussi les passifs — déchets et démantèlement. Un protocole d'accord est visé pour octobre 2026.

Personne ne peut le chiffrer avec certitude aujourd'hui, et c'est le cœur de la controverse. Il faut additionner le prix de l'opération, les investissements de prolongation, puis les coûts de démantèlement et de gestion des déchets sur des décennies. Environ 25 milliards d'euros sont consignés dans les fonds Synatom et Hedera, et un contentieux de plus de 2 milliards oppose encore l'État à Engie sur les provisions nucléaires. Bart De Wever parle d'« un investissement qui rapporte » ; ses critiques évoquent un gouffre potentiel.

Non. Meilleur Parti Politique n'est affilié à aucun parti et ne recommande aucun vote. Relancer le nucléaire promet une électricité bas carbone et pilotable, mais engage l'argent public sur des décennies et laisse la question des déchets ouverte ; y renoncer évite ces engagements, mais suppose de couvrir autrement les pointes de consommation. Le bon arbitrage dépend de ce que vous acceptez de payer, et de quand.

Camille est politologue, diplômée en sciences politiques de l'UCLouvain. Elle a suivi trois campagnes électorales belges comme analyste et décortique depuis dix ans les programmes des partis, vote par vote. Sur Meilleur Parti Politique, elle traduit le jargon politique en comparaisons concrètes — sans jamais dire pour qui voter.