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Enseignement

Pénurie d'enseignants : que proposent les partis belges ?

Comparatif neutre des positions des 10 grands partis belges sur la pénurie d'enseignants en 2026 : charge horaire, détachés, formation, moyens. Pour et contre, sources publiques.

ParCamille11 min de lecture

Que proposent les partis belges face à la pénurie d'enseignants en 2026 ?

En 2026, tous les partis belges reconnaissent la pénurie d'enseignants, mais ils ne tirent pas sur le même levier pour la résorber. D'un côté, le PS, Ecolo, Groen et le PTB·PVDA veulent d'abord plus de moyens et refusent les économies imposées à l'école, qu'ils jugent responsables d'une partie du problème. De l'autre, la N-VA, le MR, l'Open VLD et le Vlaams Belang misent sur la réorganisation du métier, la réforme de la formation et la maîtrise des dépenses. Le CD&V, Les Engagés et Vooruit, plus au centre, cherchent à combiner les deux sans faire exploser les budgets.

Cette ligne de partage n'oppose pas un « bon » et un « mauvais » programme. Elle oppose deux diagnostics de la même pénurie. Pour les uns, le métier manque de bras parce qu'il manque d'argent, de remplaçants et de reconnaissance : la solution est d'investir. Pour les autres, le système gaspille des enseignants déjà formés dans des détachements, des tâches administratives et une organisation rigide : la solution est de mieux les employer. Les deux camps veulent un professeur devant chaque classe ; ils ne s'accordent ni sur la cause, ni sur la facture.

Côté chiffres, l'année est marquée par la tension. En Fédération Wallonie-Bruxelles, la fonction d'instituteur est en pénurie dans toutes les zones, et le secondaire manque de professeurs de néerlandais, d'anglais, de mathématiques, de sciences, de géographie et de musique. C'est sur ce terrain déjà fragile que se sont greffées la grève générale du 9 avril 2026 et le décret-programme d'économies voté début juin, au cœur du débat de l'année.

Deux réponses à la pénurie d'enseignants en Belgique : investir davantage dans le métier d'un côté, réorganiser et mieux employer les enseignants existants de l'autre
Deux leviers opposés pour un même objectif : un professeur devant chaque classe.

Pourquoi la pénurie d'enseignants n'est-elle pas un seul débat en Belgique ?

Parce que l'école ne dépend pas du gouvernement fédéral, mais des Communautés. La Fédération Wallonie-Bruxelles gère l'enseignement francophone, la Communauté flamande l'enseignement néerlandophone et la Communauté germanophone celui de l'est du pays. Le fédéral ne garde que quelques leviers : l'obligation scolaire, les conditions de diplôme, une partie du financement et les pensions des enseignants.

Cette architecture change la lecture du dossier. Un même parti peut piloter la lutte contre la pénurie d'un côté de la frontière linguistique et la critiquer de l'autre, ou ne pas exister du tout dans l'autre Communauté. En FWB, c'est Valérie Glatigny (MR) qui tient l'Éducation, au sein d'un gouvernement MR·Les Engagés. En Flandre, c'est Zuhal Demir (N-VA) qui porte la politique scolaire. Comparer « les partis sur la pénurie » revient donc à lire deux gouvernements en parallèle, avec des ministres, des calendriers et des mesures différents.

Concrètement, cela explique pourquoi les remèdes ne se ressemblent pas d'une Communauté à l'autre. En FWB, le débat tourne autour des détachés, de la charge horaire et des économies ; en Flandre, autour du personnel de soutien, des préavis et de la refonte de la formation. Les familles idéologiques restent comparables, mais les dossiers concrets diffèrent, et un chiffre de pénurie flamand ne se compare pas mécaniquement à un chiffre francophone.

Comment lire ces positions sans prendre parti ?

Chaque parti reçoit ici un signe par levier : un + vert quand il défend clairement cette approche, un ~ ambre pour une position intermédiaire ou conditionnelle, un − rouge quand il s'y oppose. Ce système remplace les étoiles ou les notes sur 5, qui suggéreraient un classement moral.

Le point important : aucune colonne ne désigne un « bon » parti. Un parti marqué d'un + sur « plus de moyens » est souvent marqué d'un − sur « réorganiser à budget constant », et inversement. Les deux leviers répondent à des priorités différentes — retenir les enseignants par l'investissement pour l'un, mieux employer l'existant sans dépenser plus pour l'autre — défendues par des électeurs différents. Lire le tableau, c'est repérer le levier que chaque parti privilégie, pas distribuer un prix de vertu.

Par exemple, le PS obtient un + sur « plus de moyens » et un − sur les économies de 2026. La N-VA a le profil inverse : elle assume une réorganisation à budget serré et une formation plus exigeante. Aucune des deux n'est « en tête » : elles ne jouent pas sur le même terrain, et souvent pas dans la même Communauté.

PartiPlus de moyens / refus des économiesRéorganiser le métier à budget constant
PTB·PVDA+
PS+
Ecolo+~
Groen+~
Vooruit~~
Les Engagés~~
CD&V~+
Open VLD+
MR+
N-VA+
Vlaams Belang~~

Comment la Fédération Wallonie-Bruxelles veut-elle ramener des profs en classe ?

La FWB mise en 2026 sur une série de mesures d'organisation plutôt que sur des recrutements massifs. La ministre Valérie Glatigny (MR) défend l'assouplissement des titres de capacité, qui permet d'engager sans attendre un enseignant disposant d'un titre suffisant là où un poste restait vacant faute de candidat au titre strictement requis. Elle veut aussi ramener en classe des enseignants aujourd'hui détachés dans divers organismes, alléger de deux périodes la première année des débutants avec un système de mentorat, et simplifier les démarches de remplacement.

L'idée sous-jacente est qu'une partie de la pénurie n'est pas un manque absolu de personnes formées, mais un problème d'allocation : des enseignants existent mais ne sont pas devant les élèves. Réduire les détachements, fluidifier les remplacements et ouvrir les postes à des profils un peu différents vise à remettre ces ressources dans les classes sans alourdir la facture. C'est une réponse « à budget contraint », assumée comme telle par la majorité MR·Les Engagés.

L'exemple des détachés illustre la logique et la controverse. Ramener des enseignants détachés vers l'enseignement direct augmente mécaniquement le nombre de profs en classe, mais supprime des fonctions d'appui (coordination, accompagnement, projets) que ces personnes exerçaient. Pour la ministre, c'est un recentrage sur le cœur du métier ; pour les syndicats, qui ont manifesté au printemps et à nouveau en juillet 2026 avec le mot d'ordre « Glatigny démission », c'est déshabiller Pierre pour habiller Paul. Le même geste est lu comme une remise au travail ou comme une perte de soutien selon le point de vue.

Faut-il augmenter la charge horaire des enseignants ?

C'est le point le plus disputé du dossier francophone en 2026. Le décret-programme voté le 5 juin 2026, au terme d'un débat de quatorze heures, augmente d'environ 10 % la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur, en alignant leurs heures sur celles de leurs collègues du degré inférieur. La majorité MR·Les Engagés l'a fait adopter contre l'opposition PS, Ecolo et PTB, qui ont ensuite déposé une proposition pour l'annuler, rejetée en séance.

Pour les partisans de la mesure, faire donner un peu plus de cours à chaque enseignant du degré supérieur permet de couvrir davantage d'heures avec le personnel disponible, donc de réduire les heures non couvertes sans recruter dans un budget en déficit. Ils la présentent comme un partage de l'effort, temporaire et compatible avec la qualité, et rappellent que l'objectif reste de garder un adulte qualifié devant chaque classe.

Pour leurs adversaires, augmenter la charge d'un métier déjà en pénurie est contre-productif : plus de fatigue, moins d'attractivité, davantage de départs et de mises en maladie, donc encore plus de postes vacants l'année suivante. Les syndicats parlent de mesures « anti-profs » et pointent l'allongement des carrières et la « chasse aux malades » comme facteurs aggravants. Le désaccord porte moins sur l'objectif — couvrir les cours — que sur l'effet réel d'une charge accrue sur la pénurie qu'elle est censée réduire.

Comment la Flandre réforme-t-elle la formation et l'organisation ?

Côté flamand, la N-VA combine des mesures d'organisation immédiates et une réforme de fond de la formation. La ministre Zuhal Demir a prolongé jusqu'à l'année scolaire 2029-2030 les dispositifs qui permettent aux écoles de convertir jusqu'à 20 % de leurs heures de cours vacantes pour engager du personnel de soutien : ces personnes encadrent ou assistent en classe, afin que les enseignants se concentrent sur l'enseignement. S'y ajoutent une rémunération supplémentaire pour les enseignants qui prennent des heures en plus et un allongement des préavis de démission, d'une à treize semaines selon l'ancienneté, pour stabiliser les équipes.

Sur le fond, la Flandre réforme la formation des enseignants à partir de l'année académique 2027-2028. Le test d'entrée actuel, non contraignant, laisse place à un test de langue néerlandaise contraignant pour tous les futurs enseignants ; les candidats à l'enseignement primaire passeront en plus des tests de connaissances de base en mathématiques et en français. La logique affichée est double : mieux préparer à la pratique de classe et relever le niveau, dans un contexte où la N-VA a fait de la « baisse de niveau » (niveaudaling) son cheval de bataille.

Cette approche a ses défenseurs et ses critiques. Pour la majorité flamande, sécuriser les débutants, faciliter les reconversions et exiger un socle solide à l'entrée renforce l'attractivité et la qualité en même temps. Pour ses opposants, à gauche notamment, durcir l'accès à la formation quand on manque déjà d'enseignants risque de fermer la porte à des profils utiles, et le personnel de soutien ne remplace pas un professeur qualifié devant une classe. Là encore, le même dispositif est présenté comme un gage de qualité ou comme un frein au recrutement.

Que proposent les partis qui veulent d'abord plus de moyens ?

Les partis de gauche placent l'investissement avant toute réorganisation. Le PS et Ecolo, aujourd'hui dans l'opposition en FWB, refusent les économies votées en 2026, s'opposent à la hausse de la charge horaire et demandent davantage de remplaçants, d'encadrement et de valorisation du métier. Côté flamand, Groen fait de la lutte contre la pénurie la condition de tout le reste, et le PTB·PVDA plaide pour des classes moins chargées et un statut plus attractif.

Pour ce camp, le bon levier n'est pas de presser davantage les enseignants en place, mais de rendre le métier assez désirable pour attirer et retenir. Ils rappellent que la pénurie nourrit un cercle vicieux : moins de profs, des classes plus lourdes, un travail plus dur, donc encore moins de candidats. Couper les budgets ou allonger les heures reviendrait, selon eux, à accélérer ce cercle plutôt qu'à le briser.

La critique adverse est double. D'une part, dépenser plus n'attire pas mécaniquement des candidats si les budgets communautaires sont déjà en déficit et si le vivier de diplômés reste limité une année donnée. D'autre part, refuser toute réorganisation peut laisser des enseignants hors des classes pendant que des postes restent vacants. La gauche répond que réorganiser sans moyens revient surtout à déplacer la pénurie, pas à la résoudre.

Que proposent les partis qui misent sur la réorganisation et la gestion ?

Les partis de centre-droit et de droite veulent d'abord mieux employer l'existant, puis contenir la dépense. Le MR assume, en FWB, l'assouplissement des titres, le retour des détachés et l'alignement de la charge horaire, présentés non comme un abandon de l'école mais comme un usage plus efficace de moyens comptés. La N-VA, en Flandre, combine personnel de soutien, incitations aux heures supplémentaires et réforme exigeante de la formation. L'Open VLD partage cette priorité à l'organisation et à l'autonomie des écoles.

Pour ce camp, le bon levier est la gestion : puisque des enseignants existent mais ne sont pas tous devant les élèves, mieux vaut fluidifier l'affectation, ouvrir des passerelles vers le métier et récompenser ceux qui font plus, plutôt que d'attendre des budgets supplémentaires improbables. Le Vlaams Belang insiste, lui, sur le niveau et la transmission, tout en se montrant critique des économies qui touchent directement les enseignants — un positionnement qui explique ses signes nuancés dans le tableau.

La critique adverse est que réorganiser à budget constant a une limite : on ne comble pas durablement une pénurie en demandant aux mêmes personnes de faire davantage, et les tests d'entrée plus durs peuvent écarter des candidats dont le système a besoin. Le camp de la gestion répond que dépenser sans réformer n'a pas empêché la pénurie de s'installer, et qu'une organisation plus souple est le seul levier actionnable à court terme.

Pénurie d'enseignants : que disent les votes et les actes ?

Au-delà des programmes, les actes de 2026 confirment la ligne de partage. En FWB, la majorité MR·Les Engagés a fait voter le décret-programme d'économies et la hausse de la charge horaire ; le PS, Ecolo et le PTB ont voté contre, déposé une proposition d'annulation et soutenu les mobilisations, du 9 avril à juillet. En Flandre, la coalition menée par la N-VA a prolongé les mesures de soutien et lancé la réforme de la formation, tandis que Groen et le PVDA/PTB contestent l'idée qu'on puisse résorber la pénurie sans moyens nouveaux.

Confronter les promesses aux actes est le meilleur antidote au marketing électoral. Un parti peut, dans les deux camps, dire vouloir « un prof devant chaque classe » ; ce sont les votes, les déclarations de politique communautaire et les budgets qui révèlent le levier réellement actionné. Le cas des Engagés est éclairant : partenaires de la majorité en FWB, ils assument des économies et une charge horaire accrue au nom de la contrainte budgétaire, alors que leur discours insiste par ailleurs sur la revalorisation du métier.

Pour creuser, le comparateur permet de mettre deux partis côte à côte sur l'enseignement, le classement résume les positions thématique par thématique, et le quiz part de vos priorités plutôt que d'un programme. La méthodologie détaille comment ces positions sont collectées et reste contestable. Pour le contexte plus large de l'école, voir aussi notre comparatif enseignement.

Ce que ce comparatif ne tranche pas

Ce tableau ne dit pas quelle approche « marche » le mieux : l'effet réel d'un plan de moyens, d'un retour des détachés ou d'une réforme de la formation dépend de la mise en œuvre, du vivier de candidats, des conditions de travail et de facteurs sociaux qui dépassent une seule mesure. Il n'intègre pas non plus votre situation — parent d'un enfant dans une école en pénurie, enseignant débutant ou en fin de carrière, francophone ou néerlandophone — qui pèse souvent plus lourd qu'une moyenne communautaire.

Le bon réflexe n'est donc pas de retenir un camp gagnant, mais de relier chaque position au levier qu'elle actionne — investir ou réorganiser — puis de confronter ce panorama à ce que vous attendez, vous, d'une politique face à la pénurie d'enseignants.

Comparateur Enseignement

Comparez les positions des partis sur enseignement.

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Questions fréquentes

Non. L'enseignement est une compétence des Communautés : la Fédération Wallonie-Bruxelles gère l'école francophone, la Communauté flamande l'école néerlandophone et la Communauté germanophone celle de l'est du pays. Le fédéral ne fixe que quelques éléments comme l'obligation scolaire ou les pensions des enseignants. Comparer les partis sur la pénurie oblige donc à lire deux gouvernements distincts, avec des ministres et des mesures différents.

La fonction d'instituteur primaire est en pénurie dans toutes les zones de la FWB. Dans le secondaire, les listes officielles pointent surtout le néerlandais, l'anglais, les mathématiques, les sciences, la géographie et l'éducation musicale. La difficulté est renforcée en 2026 par la réforme qui a allongé la formation initiale de trois à quatre ans, ce qui réduit fortement le nombre de nouveaux diplômés cette année-là.

La ministre de l'Éducation de la FWB défend plusieurs pistes : assouplir les titres de capacité pour engager plus vite un enseignant disponible, alléger de deux périodes la première année des débutants avec un mentorat, ramener en classe des enseignants aujourd'hui détachés, et simplifier les remplacements. Ces mesures s'inscrivent dans un décret-programme d'économies contesté par les syndicats et l'opposition de gauche.

Le décret-programme voté le 5 juin 2026 augmente d'environ 10 % la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur, pour aligner leurs heures sur celles du degré inférieur. Pour la majorité, c'est un moyen de couvrir plus de cours sans recruter davantage dans un budget tendu. Pour le PS, Ecolo et le PTB, qui ont déposé une proposition pour l'annuler, c'est une mesure « anti-profs » qui aggrave la pénurie en décourageant les vocations.

La ministre Zuhal Demir (N-VA) prolonge jusqu'à l'année scolaire 2029-2030 les mesures qui permettent aux écoles de convertir jusqu'à 20 % de leurs heures vacantes pour engager du personnel de soutien, paie davantage les enseignants qui prennent des heures en plus, et allonge les préavis de démission (de une à treize semaines selon l'ancienneté). Elle réforme aussi la formation des enseignants à partir de 2027-2028.

Non. Meilleur Parti Politique n'est affilié à aucun parti et ne recommande aucun vote. Il présente le pour et le contre de chaque approche. Miser d'abord sur plus de moyens vise à retenir les enseignants mais pèse sur des budgets communautaires déjà en déficit ; miser sur la réorganisation et la formation vise l'efficacité mais fait craindre une dégradation des conditions et une pénurie aggravée.

Dans les déclarations de politique communautaire de 2024 (FWB et Flandre), les programmes électoraux 2024, les votes aux parlements de la FWB et flamand, les listes officielles des fonctions en pénurie, et la presse belge datée (RTBF, VRT NWS, Le Soir, La Libre, L'Avenir). Les faits cités dans cet article sont publics et datés.

Camille est politologue, diplômée en sciences politiques de l'UCLouvain. Elle a suivi trois campagnes électorales belges comme analyste et décortique depuis dix ans les programmes des partis, vote par vote. Sur Meilleur Parti Politique, elle traduit le jargon politique en comparaisons concrètes — sans jamais dire pour qui voter.