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Fiscalité

Fiscalité : que proposent les 10 partis belges en 2026 ?

Comparatif neutre des positions des 10 grands partis belges sur la fiscalité en 2026 : taxe sur les plus-values, impôt sur la fortune, baisse de l'impôt sur le travail et des sociétés. Pour et contre, sources publiques.

ParCamille11 min de lecture

Que proposent les partis belges sur la fiscalité en 2026 ?

En 2026, les dix grands partis belges se répartissent en deux familles sur la fiscalité. D'un côté, le PS, Ecolo, Groen et le PTB·PVDA veulent faire contribuer davantage le capital et les hauts patrimoines : impôt sur la fortune, taxation plus lourde des plus-values, fin des « niches » qui avantagent les revenus financiers. De l'autre, la N-VA, le MR, l'Open VLD et le Vlaams Belang veulent alléger la fiscalité des entreprises et des revenus du capital pour soutenir la compétitivité et l'emploi. Le CD&V et Les Engagés se tiennent entre les deux, et Vooruit, socialiste mais membre de la coalition Arizona, pousse une partie de l'agenda de gauche depuis l'intérieur du gouvernement.

Cette ligne de partage n'oppose pas un « bon » et un « mauvais » programme. Elle oppose deux réponses à la même question : qui doit payer pour financer l'État, et avec quel effet sur l'économie. La première mise sur la justice fiscale et un effort accru du capital. La seconde mise sur l'attractivité et la baisse des prélèvements pour relancer l'activité. Les deux camps disent vouloir un système plus juste et plus efficace ; ils ne tirent pas sur le même levier.

Côté chiffres, le cadre a bougé cette année. Le gouvernement Arizona a instauré une taxe de 10 % sur les plus-values d'actifs financiers au 1er janvier 2026, après des mois de bras de fer. C'est ce compromis, et le débat jamais clos sur l'impôt sur la fortune, qui structurent toute la discussion fiscale de l'année.

Deux leviers opposés de politique fiscale en Belgique : taxer davantage le capital et les hauts patrimoines d'un côté, alléger la fiscalité des entreprises et du capital de l'autre
Deux leviers opposés pour financer l'État : faire contribuer le capital, ou alléger sa fiscalité.

Comment lire ces positions sans prendre parti ?

Chaque parti reçoit ici un signe par levier : un + vert quand il défend clairement cette approche, un ~ ambre pour une position intermédiaire ou conditionnelle, un − rouge quand il s'y oppose. Ce système remplace les étoiles ou les notes sur 5, qui suggéreraient un classement moral.

Le point important : aucune colonne ne désigne un « bon » parti. Un parti marqué d'un + sur la taxation du capital est presque toujours marqué d'un − sur l'allègement de sa fiscalité, et inversement. Les deux leviers répondent à des priorités différentes — réduire les inégalités et financer les services publics pour l'un, soutenir l'investissement et l'emploi pour l'autre — défendues par des électeurs différents. Lire le tableau, c'est repérer le levier que chaque parti privilégie, pas distribuer un prix de vertu.

Par exemple, le PTB·PVDA obtient un + sur la taxation des hauts patrimoines et un − sur l'allègement de sa fiscalité, qu'il juge injuste. Le MR a le profil inverse. Aucun des deux n'est « en tête » : ils ne jouent pas sur le même terrain.

PartiTaxer le capital et les hauts patrimoinesAlléger la fiscalité des entreprises et du capital
PTB·PVDA+
PS+
Ecolo+
Groen+
Vooruit+~
Les Engagés~~
CD&V~+
N-VA~+
MR+
Open VLD+
Vlaams Belang+

La taxe sur les plus-values, qu'est-ce qui change en 2026 ?

La grande nouveauté fiscale de 2026 est la taxe de 10 % sur les plus-values d'actifs financiers, parfois appelée « contribution de solidarité ». Concrètement, elle s'applique aux gains réalisés à partir du 1er janvier 2026 lors de la vente d'actions, d'obligations, de parts de fonds, de cryptomonnaies ou d'assurances de placement (branche 21 et 23). Les plus-values accumulées jusqu'au 31 décembre 2025 restent, elles, exonérées.

Le dispositif comporte plusieurs garde-fous pour les petits épargnants. Les 10 000 premiers euros de plus-value par an sont exonérés, et la part non utilisée d'une année peut être reportée, à raison de 1 000 euros par an sur cinq ans, ce qui porte l'exonération à 15 000 euros maximum. Pour les détenteurs d'au moins 20 % d'une société, un régime particulier prévoit une exonération pouvant aller jusqu'à 1 million d'euros. La taxe est en principe prélevée à la source par la banque belge, mais le contribuable peut opter pour une déclaration personnelle (« opt-out »), notamment pour faire valoir ses moins-values.

Politiquement, cette taxe est le symbole du compromis Arizona. Selon la RTBF et La Libre, elle a été réclamée pendant des mois par Vooruit, qui a lié son maintien dans la coalition à son adoption, tandis que le MR l'a acceptée à reculons et a cherché à en diluer la portée. Le ministre des Finances Jan Jambon (N-VA) a porté la réforme tout en tentant, sans succès, d'y glisser des exceptions, comme une exonération des actifs détenus plus de dix ans. Un même texte peut donc être vu comme une avancée de justice fiscale par les uns et comme une concession arrachée par les autres.

Que proposent les partis qui veulent taxer le capital et les hauts patrimoines ?

Les partis de gauche veulent que le capital et les grandes fortunes contribuent davantage, au nom de la justice fiscale. Le PTB·PVDA porte la mesure la plus connue : une taxe des millionnaires de 2 % sur les patrimoines nets au-dessus de 5 millions d'euros et 3 % au-dessus de 10 millions, ciblant le 1 % le plus riche. Le Bureau fédéral du Plan a chiffré son rendement à environ 3,9 milliards d'euros. Le parti veut aussi relever l'impôt minimum des multinationales et taxer les surprofits.

Le PS défend lui aussi un impôt sur les grandes fortunes, mais d'une autre forme : un taux plus bas (0,4 à 1,5 %) appliqué à une base plus large, soit 4 à 5 % des ménages, pour un rendement estimé par le Bureau du Plan à environ 7,6 milliards d'euros. Ecolo et Groen insistent davantage sur la « globalisation » des revenus : faire en sorte qu'un euro de revenu du capital ne soit pas moins taxé qu'un euro de salaire, et financer en parallèle un bonus à l'emploi pour les bas et moyens revenus.

L'argument de fond est l'équité : depuis des années, ce camp soutient que les revenus du travail sont plus lourdement taxés que ceux du capital, et qu'un effort des plus aisés permettrait de financer les services publics sans pénaliser les salaires. La critique, portée par la droite et certains économistes, est qu'un impôt sur la fortune est difficile à percevoir, pousse les patrimoines mobiles à l'exil et rapporte souvent moins que prévu — l'expérience de plusieurs pays européens ayant abandonné ce type d'impôt est régulièrement citée à l'appui.

Que proposent les partis qui veulent alléger la fiscalité du capital et des entreprises ?

Les partis de centre-droit et de droite veulent réduire la pression fiscale sur les entreprises et le capital pour stimuler l'investissement et l'emploi. Le Vlaams Belang propose le chiffre le plus précis : ramener l'impôt des sociétés de 25 % à 20 %. La N-VA, le MR et l'Open VLD partagent la même logique sans toujours fixer un taux : fiscalité plus simple, plus prévisible et plus attractive, et refus catégorique d'un impôt sur la fortune qu'ils jugent contre-productif.

Ce camp met aussi l'accent sur la baisse de la fiscalité du travail, mais par un autre canal que la gauche. La réforme Arizona prévoit de relever la quotité exemptée d'impôt pour augmenter les salaires nets sans toucher au brut, avec une première hausse en 2026 et un effet plus marqué à partir de 2029. Selon la RTBF, l'accord budgétaire a toutefois reporté une partie de cette hausse à 2030, ce qui illustre la tension entre la promesse d'allègement et la contrainte du déficit.

L'argument de fond est la compétitivité : une fiscalité plus légère sur les entreprises attire les investissements, soutient l'emploi et, à terme, élargit l'assiette imposable. La critique, portée par la gauche, est que ces baisses profitent surtout aux revenus élevés et aux sociétés, creusent le déficit et reportent l'effort sur les services publics ou sur les ménages modestes via la TVA et les accises. Le débat sur la quotité exemptée — annoncée puis partiellement reportée — montre que l'allègement promis dépend étroitement de l'état des finances publiques.

Où se situent Vooruit, Les Engagés et le CD&V ?

Ces trois partis occupent l'espace intermédiaire et brouillent l'opposition gauche-droite. Vooruit, socialiste mais membre de la coalition Arizona, a obtenu la taxe sur les plus-values et continue de pousser un agenda redistributif depuis l'intérieur du gouvernement. D'où son + sur la taxation du capital et son ~ sur l'allègement de sa fiscalité : il accepte des mesures de compétitivité au nom de la cohésion gouvernementale, tout en revendiquant l'effort demandé aux détenteurs d'actifs.

Les Engagés cultivent une position de centre assumée. Le parti ne défend pas d'impôt sur la fortune classique mais n'écarte pas une contribution des plus aisés, et met en avant une fiscalité « au service du travail et des familles ». D'où le double ~ : ni l'alourdissement systématique du capital prôné à gauche, ni l'allègement franc défendu à droite, mais un dosage présenté comme pragmatique. Cette position de pivot rend le parti difficile à cataloguer, ce qui est aussi un choix stratégique.

Le CD&V, enfin, soutient l'esprit de la réforme fiscale amorcée par son ancien ministre des Finances Vincent Van Peteghem, avec des baisses ciblées — par exemple une TVA réduite sur certains produits de première nécessité et des soins. Sur le capital, il penche vers l'allègement plutôt que vers un nouvel impôt sur la fortune, d'où son + sur ce levier et son ~ sur la taxation des patrimoines : il accepte des contributions ponctuelles, comme la taxe sur les plus-values votée en coalition, sans en faire un axe central.

Fiscalité : que disent les votes et les actes ?

Au-delà des programmes, les actes de 2026 confirment la ligne de partage. La majorité Arizona — N-VA, MR, Vooruit, CD&V, Les Engagés — a fait adopter la taxe de 10 % sur les plus-values et la hausse progressive de la quotité exemptée, un paquet qui mêle un geste vers la gauche (taxer le capital) et un geste vers la droite (alléger le travail et les entreprises). Le PS, Ecolo, Groen et le PTB·PVDA, dans l'opposition fédérale, jugent la taxe sur les plus-values trop modeste et réclament un véritable impôt sur la fortune.

Confronter les promesses aux actes est le meilleur antidote au marketing électoral. Un parti peut parler de « justice fiscale » ou de « pouvoir d'achat » dans les deux camps ; ce sont les textes votés, l'accord de gouvernement et les budgets qui révèlent le levier réellement actionné. Le cas de Vooruit est éclairant : il a fait de la taxe sur les plus-values une condition de sa participation, là où le MR a tout fait pour la réduire.

Pour creuser, le comparateur permet de mettre deux partis côte à côte sur la fiscalité, le classement résume les positions thématique par thématique, et le quiz part de vos priorités plutôt que d'un programme. La méthodologie détaille comment ces positions sont collectées et reste contestable.

Ce que ce comparatif ne tranche pas

Ce tableau ne dit pas quelle approche « marche » le mieux : l'effet réel d'un impôt sur la fortune ou d'une baisse de la fiscalité des entreprises dépend de la mobilité des capitaux, du comportement des investisseurs, de la conjoncture et de règles européennes qui dépassent la seule Belgique. Il n'intègre pas non plus votre situation — salarié, indépendant, épargnant, propriétaire ou non — qui pèse souvent plus lourd qu'une moyenne nationale.

Le bon réflexe n'est donc pas de retenir un camp gagnant, mais de relier chaque position au levier qu'elle actionne, puis de confronter ce panorama à ce que vous attendez, vous, d'une politique fiscale.

Comparateur Fiscalité

Compare tous les fiscalité côte à côte.

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Questions fréquentes

Depuis le 1er janvier 2026, le gouvernement Arizona applique une taxe de 10 % sur les plus-values réalisées sur les actifs financiers (actions, obligations, fonds, cryptomonnaies, assurances de placement). Les 10 000 premiers euros de gains par an sont exonérés, avec un report possible jusqu'à 15 000 euros sur cinq ans. Un seuil d'exonération allant jusqu'à 1 million d'euros existe pour les détenteurs d'au moins 20 % d'une société.

Le PTB·PVDA propose une taxe des millionnaires (2 % au-dessus de 5 millions d'euros, 3 % au-dessus de 10 millions) visant le 1 % le plus riche. Le PS défend un impôt sur les grandes fortunes plus large mais à taux plus bas (0,4 à 1,5 %, touchant 4 à 5 % des ménages). Ecolo et Groen veulent surtout taxer le capital comme le travail. À l'inverse, la N-VA, le MR, l'Open VLD et le Vlaams Belang refusent un impôt sur la fortune.

L'accord prévoit de relever la quotité exemptée d'impôt — la part du revenu non imposée — pour augmenter les salaires nets sans toucher au brut. La hausse est progressive, avec une première étape en 2026 et un effet plus net à partir de 2027 puis 2029. L'accord budgétaire a toutefois reporté une partie de cette hausse à 2030.

Le Vlaams Belang propose de ramener l'impôt des sociétés de 25 % à 20 %. La N-VA, le MR et l'Open VLD défendent une fiscalité plus légère sur les entreprises et le capital au nom de la compétitivité, sans toujours chiffrer un taux précis. À gauche, le PS, Ecolo, Groen et le PTB·PVDA s'y opposent et veulent au contraire faire contribuer davantage le capital.

En principe oui : la taxe de 10 % est prélevée à la source par l'établissement financier belge, de façon libératoire. Le contribuable peut toutefois choisir une option de sortie (« opt-out ») et déclarer lui-même ses plus-values dans sa déclaration fiscale, ce qui permet notamment de tenir compte des moins-values. Ce choix vaut alors pour toute l'année.

Non. Meilleur Parti Politique n'est affilié à aucun parti et ne recommande aucun vote. Taxer davantage le capital peut financer des services publics et réduire les inégalités, mais risque de peser sur l'investissement ; alléger la fiscalité du travail et des entreprises peut soutenir l'emploi, mais réduit les recettes. L'article présente le pour et le contre.

Dans les programmes électoraux de 2024, l'accord du gouvernement fédéral Arizona, les textes votés à la Chambre, les chiffrages du Bureau fédéral du Plan, le site du SPF Finances pour les mesures en vigueur, et la presse belge (RTBF, La Libre, Le Soir, VRT NWS). Les sources de cet article sont datées et publiques.

Camille est politologue, diplômée en sciences politiques de l'UCLouvain. Elle a suivi trois campagnes électorales belges comme analyste et décortique depuis dix ans les programmes des partis, vote par vote. Sur Meilleur Parti Politique, elle traduit le jargon politique en comparaisons concrètes — sans jamais dire pour qui voter.