Que proposent les partis belges sur la surpopulation carcérale ?
En 2026, les dix grands partis belges tirent sur deux leviers opposés face à des prisons pleines. D'un côté, la N-VA, le MR, l'Open VLD, le CD&V et le Vlaams Belang veulent augmenter la capacité et accélérer les sorties administratives : nouvelles places, expulsion des condamnés sans titre de séjour, détention à l'étranger. De l'autre, le PS, Ecolo, Groen et le PTB·PVDA veulent réduire le nombre d'entrées : moins de détention préventive, moins de courtes peines, plus d'alternatives. Vooruit et Les Engagés dosent les deux.
Le désaccord ne porte pas sur le constat. Tout le monde reconnaît qu'une prison à 122 % d'occupation ne fonctionne pas. Il porte sur l'endroit où l'on agit : à la sortie du tuyau ou à l'entrée. Un camp veut agrandir le récipient, l'autre veut fermer le robinet. Les deux disent vouloir des prisons vivables et une justice qui s'exécute ; ils ne visent pas le même point du système.
Côté chiffres, la situation s'est aggravée. Au 12 février 2026, la Belgique comptait 13 473 détenus pour 11 049 places. Début avril, 736 personnes dormaient sur un matelas posé au sol, un record. Et la Chambre vient d'adopter, le 16 juillet, la loi Verlinden censée retirer environ 700 détenus du système. C'est ce décalage — une loi qui soulage l'équivalent de deux mois de hausse — qui structure le débat.

Comment lire ces positions sans prendre parti ?
Chaque parti reçoit ici un signe par levier : un + vert quand il défend clairement cette approche, un ~ ambre pour une position intermédiaire ou conditionnelle, un − rouge quand il s'y oppose. Ce système remplace les étoiles ou les notes sur 5, qui suggéreraient un classement moral.
Aucune colonne ne désigne un « bon » parti. Un parti marqué d'un + sur la capacité est souvent marqué d'un − sur la réduction des entrées, et inversement. Les deux leviers répondent à des priorités différentes — que les peines prononcées soient réellement exécutées pour l'un, que la prison redevienne un dernier recours pour l'autre — défendues par des électeurs différents.
Par exemple, la N-VA obtient un + sur la capacité et les sorties administratives, et un − sur la réduction des entrées, qu'elle assimile à une remise en cause de l'autorité de la chose jugée. Le PTB·PVDA a le profil inverse. Aucun des deux n'est « en tête » : ils ne jouent pas sur le même terrain.
| Parti | Augmenter la capacité et accélérer les sorties | Réduire le nombre d'entrées en prison |
|---|---|---|
| N-VA | + | − |
| Vlaams Belang | + | − |
| MR | + | ~ |
| Open VLD | + | ~ |
| CD&V | + | ~ |
| Vooruit | ~ | ~ |
| Les Engagés | ~ | + |
| PS | ~ | + |
| Ecolo | − | + |
| Groen | − | + |
| PTB·PVDA | − | + |
Pourquoi les prisons belges débordent-elles en 2026 ?
Les prisons débordent parce que la population carcérale grimpe beaucoup plus vite que la capacité. Entre 2016 et 2026, le nombre de détenus est passé d'environ 10 500 à près de 13 800 au pic, soit plus de 30 % de hausse. La capacité, elle, n'a gagné que 198 lits entre le 1er août 2025 et le début 2026, passant de 10 844 à 11 042 places — pendant que 621 détenus supplémentaires arrivaient.
Ce rapport de trois pour un explique tout le reste. Un lit construit pour trois détenus supplémentaires ne rattrape jamais l'écart, quel que soit le rythme des chantiers. C'est ce que la RTBF résumait en juin 2026 dans son constat de « 30 ans de chiffres, 30 ans d'échecs » : chaque plan pénitentiaire depuis les années 1990 a livré des places, et chaque fois la population carcérale les a absorbées.
Concrètement, la situation varie fortement d'un établissement à l'autre. Lantin comptait 1 110 incarcérés pour 744 places, Anvers 714 pour 439, Bruges 868 pour 612, Hasselt 652 pour 450. À ces niveaux, ce ne sont plus des cellules partagées, ce sont des matelas au sol : 736 personnes début avril selon un relevé syndical. En juin, des directeurs de prison ont saisi le Comité européen pour la prévention de la torture, ce qui est rare et dit l'ampleur du blocage. Une projection relayée par La Libre le 15 juin envisage 18 000 détenus dans dix ans si rien ne change sur les entrées.
Que change la loi Verlinden adoptée le 16 juillet 2026 ?
La loi portée par la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) agit sur les sorties, pas sur les entrées. Adoptée en plénière de la Chambre le 16 juillet 2026, elle vise environ 700 détenus en moins, soit l'essentiel des personnes qui dorment aujourd'hui par terre.
Trois mesures principales. La surveillance électronique devient automatique pour les peines allant jusqu'à dix-huit mois, jusque fin 2028, avec exclusion des profils à risque — terrorisme, mœurs, violences graves, stupéfiants — et maintien du contrôle du juge de l'application des peines. Les libérations anticipées pour cause de surpopulation sont prolongées jusque fin 2027, mais réservées aux condamnés dont le total des peines ne dépasse pas trois ans. Une procédure d'expulsion accélérée s'applique aux condamnés sans titre de séjour. La ministre présente le texte comme « pas une solution miracle, mais un changement de cap ».
Le parcours du texte montre à lui seul les résistances. Approuvé en Conseil des ministres le 22 mai, il a reçu le feu vert en commission Justice fin juin — Claire Hugon (Ecolo-Groen) ayant obtenu une seconde lecture avant la plénière. Le 8 juillet, les tribunaux de l'application des peines ont demandé le retrait pur et simple du projet, jugeant l'automatisation incompatible avec leur mission d'examen individuel. Un texte qui soulage les prisons peut donc être contesté par les juges chargés de l'appliquer — un cas de figure qui ne se range dans aucun camp politique.
Que proposent les partis qui veulent plus de places et plus d'expulsions ?
Les partis de centre-droit et de droite veulent d'abord que la capacité rattrape la population, sans toucher aux peines prononcées. Le plan d'action gouvernemental prévoit au moins 1 300 places supplémentaires à court et moyen terme : 607 en 2026, 420 en 2027, 275 en 2028, via de nouvelles prisons, des maisons de détention, des unités modulaires et des infrastructures médico-légales. Une task force doit livrer d'autres pistes d'ici fin 2026 sur la capacité, les étrangers, les internés, le personnel et l'exécution des peines.
Le second axe de ce camp est l'expulsion des détenus sans droit de séjour. Le MR revendique publiquement avoir obtenu l'intensification du renvoi des détenus étrangers dès mai 2026, avec un objectif d'au moins 250 éloignements forcés et 50 transfèrements interétatiques. Depuis mars, l'Office des étrangers peut lancer une expulsion douze mois avant la fin de la peine au lieu de six, ou dès qu'un tiers de la peine est purgé si les documents sont réunis. Le Vlaams Belang va le plus loin en réclamant le renvoi de tous les détenus non belges vers leur pays d'origine, et a obtenu en avril les chiffres qui alimentent sa position : 4 943 détenus étrangers sur 11 123, soit plus de 44 %. La N-VA, le CD&V et le MR concentrent aussi le débat sur ce point, et le gouvernement explore des capacités de détention à l'étranger — des missions sont évoquées vers l'Albanie et le Kosovo, avec une analyse juridique européenne en cours.
L'argument de fond est celui de l'autorité : un juge qui prononce une peine doit voir cette peine exécutée, et une cellule manquante revient à annuler la décision. Le camp d'en face répond que trente ans de construction n'ont jamais résorbé l'écart, et que les 1 300 places annoncées correspondent à peine à la hausse d'une seule année. Sur les étrangers, l'Institut fédéral des droits humains, dans une note d'octobre 2025, souligne que l'éloignement des détenus sans droit de séjour se heurte à des obstacles concrets — identification, accord du pays d'origine, documents de voyage — qui expliquent pourquoi les chiffres réels restent loin des annonces. Le pourcentage de 44 % recouvre en outre des situations très différentes, du résident européen installé depuis vingt ans au détenu en transit.
Que proposent les partis qui veulent réduire les entrées en prison ?
Les partis de gauche veulent agir sur le flux entrant plutôt que sur le stock. Le PS défend des peines alternatives érigées en sanctions principales, de petites maisons de détention et des structures de transition, et un renforcement de l'aide psychosociale pour faire baisser la récidive. Le PTB·PVDA plaide pour des sanctions réparatrices et éducatives, et pour des institutions spécialisées destinées aux internés et aux personnes dépendantes, qui occupent aujourd'hui des cellules faute d'alternative. Ecolo et Groen réclament un changement de logique complet : « Nous n'avons pas besoin de nouvelles prisons mais d'un changement radical d'approche », résumait Claire Hugon (Ecolo-Groen) en commission fin juin.
Leur cible principale est la détention préventive et les courtes peines. Le rappel historique qu'ils avancent est gênant pour plusieurs partis : c'est le gouvernement Vivaldi — qui réunissait le PS, Vooruit, le MR, l'Open VLD, Ecolo, Groen et le CD&V — qui a décidé en 2022 d'envoyer systématiquement en prison les personnes condamnées à moins de trois ans, alors que ces peines s'exécutaient auparavant à domicile sous surveillance électronique. Cette décision, prise par une coalition allant de la gauche au centre-droit, a mécaniquement gonflé la population carcérale. Elle montre qu'aucune famille politique n'a les mains totalement propres sur ce dossier.
L'argument de fond est l'efficacité à long terme : une courte peine en prison surpeuplée désocialise, coupe l'emploi et le logement, et augmente le risque de récidive, donc de retour. Le Conseil pénitentiaire, dans son avis sur la surpopulation, va dans ce sens, et les criminologues cités dans la presse insistent sur la prévention de la récidive, la réinsertion et les conditions de détention plutôt que sur des sanctions supplémentaires. La critique, portée par la droite, est qu'un discours d'alternatives peut être entendu comme un renoncement à sanctionner, et que les peines alternatives supposent un suivi humain — agents de probation, services psychosociaux — qui manque aujourd'hui. Le PS lui-même, dans l'opposition, s'est montré sévère avec la loi de juillet : « Cet accord, nous l'avions dénoncé, ne change rien », lançait Khalil Aaouasti (PS).
Où se situent Vooruit, Les Engagés et le CD&V ?
Ces trois partis brouillent la ligne parce qu'ils sont dans la coalition Arizona tout en venant de familles différentes. Le CD&V détient le portefeuille de la Justice avec Annelies Verlinden : d'où son + sur la capacité et les sorties, puisqu'il porte le plan de 1 300 places et la loi de juillet, et son ~ sur les entrées, puisque le même texte automatise le bracelet électronique — une mesure que la gauche réclamait et que la droite dure critique.
Vooruit hérite d'un double ~. Socialiste, il partage l'attention à la réinsertion et aux petites structures de détention ; membre de la majorité, il a soutenu un accord qui alourdit les peines et mise sur la construction. Il n'assume franchement ni l'un ni l'autre levier. Les Engagés, eux, penchent vers la réduction des entrées — d'où leur + — sans contester le plan de capacité, d'où leur ~ : le parti a nettement évolué ces dernières années vers une approche de santé publique sur les drogues, ce qui pèse directement sur les entrées en prison.
Ces positions de pivot rappellent qu'un axe gauche-droite ne suffit pas. L'Open VLD, dans l'opposition fédérale mais libéral, a rejoint le PTB et Ecolo-Groen pour dénoncer des mesures jugées « symboliques » sans effet dissuasif réel — un attelage improbable, qui montre qu'un même texte peut être critiqué pour des raisons diamétralement opposées : trop laxiste pour les uns, trop cosmétique pour les autres.
Construire ou décarcérer : que disent les votes ?
Les votes de 2026 confirment la ligne de partage, avec une nuance. La majorité Arizona — N-VA, MR, Vooruit, CD&V, Les Engagés — a fait adopter la loi Verlinden le 16 juillet et porte le plan de 1 300 places. Le PS, Ecolo, Groen et le PTB·PVDA ont voté contre ou critiqué le texte, mais pas pour les mêmes motifs que le Vlaams Belang, qui juge au contraire toute libération anticipée inacceptable.
Confronter les promesses aux actes reste le meilleur antidote au marketing électoral. Tous les partis disent vouloir « des prisons dignes » ; ce sont les budgets pénitentiaires, les textes votés et les décisions de 2022 sur les courtes peines qui révèlent le levier réellement actionné. Le cas de la loi de juillet est éclairant : un gouvernement de fermeté fait voter des libérations anticipées, parce que la place matérielle manque. La contrainte physique finit par imposer ses choix, quelle que soit la ligne affichée.
Pour creuser, le comparateur permet de mettre deux partis côte à côte sur la justice, le classement résume les positions thématique par thématique, et le quiz part de vos priorités plutôt que d'un programme. La méthodologie détaille comment ces positions sont collectées et reste contestable.
Ce que ce comparatif ne tranche pas
Ce tableau ne dit pas quel levier fonctionne le mieux. L'effet réel d'une place construite ou d'une peine alternative dépend du nombre d'agents pénitentiaires et de probation, de la durée des chantiers, du taux de récidive, de la politique de poursuite des parquets et de facteurs sociaux qui débordent largement la loi pénale. Il n'intègre pas non plus votre expérience — victime, riverain d'un futur site pénitentiaire, professionnel de terrain, proche d'un détenu — qui pèse souvent plus lourd qu'une moyenne nationale.
Le bon réflexe n'est donc pas de retenir un camp gagnant, mais de relier chaque position au levier qu'elle actionne, puis de confronter ce panorama à ce que vous attendez, vous, d'une politique pénitentiaire.
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Questions fréquentes
Camille est politologue, diplômée en sciences politiques de l'UCLouvain. Elle a suivi trois campagnes électorales belges comme analyste et décortique depuis dix ans les programmes des partis, vote par vote. Sur Meilleur Parti Politique, elle traduit le jargon politique en comparaisons concrètes — sans jamais dire pour qui voter.
